Extraits de "Evaluation et créativité, des dynamiques contradictoires ?" dans letemps.ch
"L'évaluation du travail est actuellement très à la mode. S'il est indiscutablement légitime, voire dans certains cas indispensable, d'évaluer «scientifiquement» l'efficacité d'une activité professionnelle et sa conformité aux objectifs, force est de constater que nous assistons parfois à certaines dérives. (...)
Ce besoin d'évaluation s'insère dans la dynamique générale de la société qui se caractérise par le besoin de tout réglementer, une tendance pourtant en contradiction avec la notion de liberté à laquelle se réfèrent les théories néolibérales. C'est un peu comme s'il s'agissait d'une liberté à deux vitesses. Sur le plan économique, il faut lever toutes les entraves. En revanche, sur le plan organisationnel, ce courant défend réglementation et évaluation souvent tatillonnes au nom de la rentabilité immédiate, généralement monétaire.
Ce courant, pour garantir à une infime minorité la liberté maximale de faire fructifier les capitaux investis, met la majorité de la population dans un carcan organisationnel qui réduit progressivement la liberté individuelle, pourtant garante de l'épanouissement personnel. (..)
En ce qui concerne la politique d'évaluation, elle a tendance à étouffer la créativité et la liberté individuelle. (...)
En effet, toutes les politiques d'évaluation sont basées sur la
pensée linéaire et prédictive qui est incompatible avec la complexité
et l'inconnu. André Breton attirait déjà notre attention sur le fait
que «la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste
à connaître est une des grandes faiblesses de la pensée contemporaine». (...)
"
Andreas SAURER
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