"Il m'a aussi enseigné à vivre les moindres gestes de la vie quotidienne, car c'est en eux que le peintre trouve son inspiration. Une réceptivité totale nous rend attentifs aux vibrations des choses, à la nuance de l'aube. Il m'a appris, en me levant, à sentir la petite brume matinale qui varie chaque jour. Elle éclaire un aspect de soi encore inexploré, un sentiment ignoré. ”On enrichit sa peinture en vivant pleinement l'humeur du jour, disait-il. Le peintre ne copie pas la nature, en même temps elle est sa révélation première ; (...) Il faut te nourrir des vies qui t'entourent. Elles provoqueront des émotions et des perceptions de plus en plus riches et variées. Le peintre, au cours de son existence, se construit une banque de données psychiques à partir de sa connivence avec le monde. C'est ce qu'il restitue dans son trait. Un jour, de cette banque de données naîtra naturellement, en un geste spontané, un acte créatif.” "
Fabienne Verdier, in Passagère du silence, éd. Albin Michel.
sur les arts comme des plaisirs gustatifs d'abord...plusieurs commentaires issus du vécu...
avoir été parfois trop mince,phases quasi anorexiques qui font peur: pour qu'elles ne reviennent plus,avoir pensé qu'il était important de VOIR les aliments, les couleurs, les formes. Alors laisser le plus possible les aliments en vision; puis finir par créer des palettes de graines et céréales en stockant dans des pots en verre, carrés parce que comme des cadres...stratégies visuelles qui marchent très bien car elles sont une ruse pour flatter ce à quoi on est le plus sensible: lorsque le visuel et le tactile, lorsqu'on s'est longtemps définie comme "créatrice" (enfance, études, parcours, attitudes)
Autre phase difficile: marasme financier et à titre professionnel: d'une part très peu de moyens pour nourrir sa mono-famille car sans job mais-bien qu'en ayant le temps- ne plus du tout oser créer "dans le vide" sans objectif de "rentabilité" (obsession du principe de revenus lorsqu'ils font défaut) ; créer pour créer, une démarche "plaisir" qui culpabiliserait car l'avoir longtemps pratiquée (avec bonheur) et la rendre responsable du marasme (trop de temps autrefois à penser et faire "création" avant de penser "revenus"?mauvais choix professionnels ?).
En "décroissance" et "slow-fooding" obligés (!), se mettre à cuisiner car avoir tout ce trop de temps, faire ses courses en improvisant sur place de possibles menus économiques. Alors la cuisine devient un jeu quasi "musical" rythmé par les odeurs, et...savoir parfaitement que l'on y retrouve des plaisirs picturaux évidents - retranscrits en terme de saveurs et de couleurs. Du coup la frustration s'efface et cuisiner devient art de faire et gratification détournée pour compenser la culpabilité d'avoir l'autre besoin, celui de créer.
Aussi: avoir appris à "écouter" sa faim -sans dictats "d'écoles nutritionnelles"- en donnant à ses impulsions leur place, celle d'une façon qu'a le corps d'exprimer un besoin "chimique" et ...constater que ça marche plutôt bien: en vérifiant dans les "courants" de principes alimentaires (sur vitamines, minéraux, oligo-éléments, etc) , ces demandes et ces réponses au feeling s'avèrent souvent justifiées. Sentir qu'on a envie de tel aliment, telle saveur, jouer avec le plus et le moins quantitatif, comme on se sent portée à poser tel trait, telle couleur ou à exprimer telle émotion: à l'instinct.
Aujourd'hui: moins de marasme et de contraintes, phase de reflexion assez passionnante. Quant à la création, artistique ou non, en retrouver si ce n'est le chemin déjà, tout au moins la certitude d'en VOULOIR retrouver le chemin et que c'est peut-être, sans doute, en se faisant plaisir qu'on reformulera le meilleur équilibre dans son parcours. Appétits, faim, envies, de toute évidence...
Merci de m'avoir ouvert une piste ( ce qu'en dit l'Inde védique) qui m'a fait mieux comprendre encore...
Rédigé par: Lise DUPAS | 01 octobre 2008 à 13:16