Je ne sais pas ce qui me porte en avant. J’ignore ce qui se passe et ce qui passe à travers moi. Je répète souvent ce constat : « Je ne sais pas ». Cette affirmation côtoie un sentiment de peur diffuse, d’impatience anxieuse. Ma motivation de savoir ne recouvre-t-elle pas la crainte de faire fausse route ? Le schéma est le suivant : je crois qu’il y a une possibilité de savoir où est la vraie route, que mon intuition pourrait m’aider à ne pas me tromper, et donc je veux voir à l’avance une carte pour vérifier mon trajet avant de m’y engager. Mais suis-je capable de distinguer où est la voie juste ? Je crois que cette tentative de contrôler mon parcours est justement ce qui m’égare et me conduit à des impasses. Pour cheminer, il vaut mieux que je dépose sur le bas-côté la crainte de me tromper comme une bonne valise inutile.
Contrairement à mon impression première, je ne risque pas de prendre de mauvais chemin car il n’y a pas de choix. Le choix est une illusion créée par ma peur. Le parcours qui se propose à moi est unique, et c’est pour cela que c’est la voie juste, même si elle passe par des endroits qui ne me plaisent pas. Si je me dégage de ma peur, lorsque je crois avoir à choisir entre deux directions, je constate que je ne suis pas à un croisement, mais devant une route qui tourne. Si je ne tourne pas, je rentre dans le mur, ce qui n’est pas une autre possibilité mais un accident.
Aucune carte ne peut m’aider dans mon voyage. S’appuyer sur l’inspiration, c’est cesser de croire que l’on pourrait être maître de ce qui nous meut. Ou même de le nommer. J’avance avec l’inconnu, non pas dans l’inconnu, car l’inconnu est partout. Peindre en suivant l’inspiration, c’est peindre en étant perdu, mais c’est peindre tout de même, en n’ayant aucun moyen de me repérer ni de juger ce que je produis.
Olivier WAHL, in Le temps de peindre
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